Mali. Les limites de la stratégie de François Hollande « l'Africain »

François Hollande au Mali

François Hollande a fait l'unanimité lors de sa visite au Mali, ce samedi 2 février. Accueilli par une foule en liesse à Tombouctou, comme à Bamako, le chef d'État français semble avoir conquis les Africains. Mais à quel point et à quel prix ? Analyse de Lucien Pambou.

Selon le journal Sud-Ouest, Hollande c’est l’Africain, comme le journal l’indique à la une. Sur l’intervention de la France au Mali, il y a un quasi consensus de la classe politique française de droite et de gauche.

Hollande, que certains dans son camp ont considéré comme indécis, fluctuant, recherchant systématiquement la synthèse, a gagné ses galons de commandant en chef en envoyant l’armée française défendre les balbuties de démocratisation politique dans un pays comme le Mali, qui révèle toutes les tares d’une "démocratie tropicale".

Par démocratie tropicale, j’entends un pays dans lequel les valeurs universelles de liberté, de paix, de droit sont domestiquées dans un contexte de tropicalisation de la gouvernance. On s’affranchit quand on veut des règles de droit. Le gouvernement est souvent juge et partie.

Une autorité pas tout à fait acquise

Hollande l’Africain aurait-il restauré son autorité interne grâce à l’action extérieure justifiée par l’intervention de l’armée française au Mali ? Rien n’est sûr, car si la droite reconnaît l’autorité du président dans sa prise de décision, celle-ci continue de dire, malgré ses divisions, que François Hollande est incapable sur de nombreux fronts, comme la réduction des dépenses publiques, ses prises de décisions concernant le système fiscal et le mariage pour tous.

Sur le front du chômage, même s’il y a un léger répit, Hollande fait face à l’incapacité des gouvernements qui l’ont précédé pour résoudre la question du chômage. Hollande étant aux affaires, il est donc forcément dépositaire de l’indécision et de l’incapacité des gouvernements précédents pour apporter des réponses réelles à l’augmentation du chômage.

Néanmoins, en allant au Mali, Hollande a réussi un tour de force : l’unité de la France quant à l’intervention au Mali a été doublée de critiques faibles par rapport à la présence continue ou non des forces françaises sur ce territoire. Le commandant en chef Hollande a été clair : on reste. On reste signifie que la France va parachever sa mission militaire par une mission politique en obligeant les protagonistes de la classe politique malienne à organiser des élections justes et équitables qui intégreraient la question touareg qui dure voici quasiment 50 ans.

Un retour de la Françafrique ?

Cette stratégie de présence et de communication de Hollande sur le sol malien consacre-t-elle le retour de la Françafrique, système de relations vertueux/vicieux entre la France et ses anciennes colonies, système animé par les hommes politiques, qui hier avaient pour nom Foccart, et qui aujourd’hui sont dans les différents cabinets ministériels et dans les grandes entreprises françaises comme Total, Vinci, Bolloré, qui œuvrent pour le maintien de la présence française en Afrique ?

En arrivant aux affaires, le président Hollande a dit vouloir couper le cordon ombilical avec la Françafrique. Comme toujours, les paroles passent et les actions demeurent. Hollande a été rattrapé par la réalité, la réalité des rapports consanguins entre la France et ses anciennes colonies.

Il y a des intérêts français à protéger dans cette partie du Sahel. Il y a d’abord des intérêts humains : les otages, qu’il faut sauver coûte que coûte. On peut ensuite remonter vers les intérêts économiques, marqués par la présence d’Areva (uranium au Niger), de Total (pétrole en Mauritanie avec des gisements prometteurs).

Succès et habileté politique

Papa Hollande est de retour. Voilà comment il a été accueilli par les foules en liesse à Tombouctou et à Bamako. Il a reçu en cadeau un chameau et de vaches, marque d’hospitalité de populations qui expriment leur satisfaction car elles ont été brimées par les troupes jihadistes terroristes de Ansar Dine, Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et du Mujao (Mouvement unifié pour le Jihad en Afrique de l’ouest, qui souhaite islamiser l’ensemble du continent africain par l’application d’un Islam rigoureux proche).

En manœuvrier politique habile, Hollande a justifié l’intervention française par la nécessité de défendre les valeurs universelles de liberté et de droit, mais aussi comme une volonté de sauver le peuple malien, dont une partie des anciens a combattu en 1914-18 et en 1939-45 pour défendre la mère patrie France contre le nazisme.

Cette habileté politique ne résout pas le succès rapide de l’armée française, qui n’a pas trouvé d’armée terroriste prête à croiser le fer, armée dont on disait qu’elle était bien équipée, mais qui a malheureusement dû battre en retraite vers la partie montagneuse de l’est du Mali, dans les Ifoghas.

Une nouvelle guerre s'engage 

Une autre guerre commence pour François Hollande et l’armée française. Il faut aller déloger les terroristes dans les grottes des Ifoghas tout en veillant à la préservation de la vie des otages français. Pour l’instant, l’Union européenne est absente, elle se contente de dire qu’elle va former une armée malienne quasi inexistante. Les forces armées africaines (en dehors du contingent tchadien : 2000 hommes, qui sont finalement les représentants de la garde prétorienne du président tchadien, Idriss Déby) se font attendre.

La France est obligée d’être seule dans cette nouvelle guerre de terrain et de guérilla qui commence, même si les services de renseignement MI6 anglais sont sur place, tout somme les services de renseignement allemands, ainsi que la logistique américaine et anglaise en matière de ravitaillement des aéronefs.

Sur le plan politique, François Hollande souhaite des élections politiques en juillet. Comment la France arrivera-t-elle à mener le problème touareg, dont les responsables souhaitent une autodétermination dans un nouveau Mali ? Les autorités de Bamako, elles, ne veulent pas entendre parler de cette autodétermination et souhaitent une unité du territoire. Le président Hollande demande que les vengeances personnelles, surtout à l’endroit de populations d’obédience arabo-touareg, soient exclues, et que la justice soit le nœud gordien de la résolution du conflit.

Le gouvernement transitoire malien est incapable de faire respecter la loi sur son territoire, tant au niveau des biens que des personnes. Et quel sort sera réservé au capitaine Amadou Sanogo qui n’est pas au combat pour l'instant et se terre dans ses quartiers militaires ? Amadou Sanogo est le putchiste qui a arrêté le processus de démocratisation en marche au Mali.

Lucien Pambou/Nouvelobs

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