Le Temps Désaccordé Face a La Modernité : Le Début D’une Radicalisation Produite Par L’Aliénation De L’Individu.

«  Il y a ceux qui voudraient améliorer les hommes et il y a ceux qui estiment que cela ne se peut qu’en améliorant d’abord les conditions d ‘abord de leurs conditions de leur vie. Mais il apparaît que l’un ne va pas sans l’autre, et  on ne sait pas par quoi commencer » André Gide, Journal 1942-1949

Il y a une régression morale toute faite car il n’y a plus  de place pour toute forme de rationalité cartésienne. On cherche le chemin de l’oblitération morale car on doit couper la route à toute théorie d’interprétation basée sur des circonstances opérantes et un contexte historique approprié. Mieux  vaut créer des circonstances inopérantes ou le flou sera roi. La royauté de l’inégalité morale  se trouve dans l’appréhension de la chose religieuse par rapport à un champ d’interprétation. Le pouvoir d’interprétation assignée au citoyen et croyant comme un cadeau empoisonné  aux yeux de certains,  perd toute sa légitimité. La légitimité morale est bien moindre car ces terroristes ont  déjà défini  la ligne de crête entre le sacré  et le profane.

 

La sacralité de la pratique religieuse  s’inscrit pour eux dans un retour a la tradition, une tradition religieuse qui sert de socle de fondation a une nostalgie historique.  Ils prétendent tous être salafistes. C’est le début d’une dénégation dans la négation. En effet c’est la guerre des nerfs parce que l’ignorance est le nerf de la guerre. L’apport essentiel est une description d’une société en état de putréfaction avancée dont la boussole morale n’existe plus. Elle est transparente car les gens qui vivent en société ont choisi le pari de la modernité non le pari de conformité. Ainsi, ils sont en manque de charge morale qui permettrait de mieux se conformer à une nouvelle ère de vie. La valeur prépondérante d’une telle démarche outrancière est une guerre ouverte contre la modernité tout court. Samuel Huntington dans son ouvrage «  le choc des civilisation » avait déjà amorce la diabolisation d’une vision différente et antagoniste  à la vision occidentale du progrès basée sur la rationalité et le progrès technique. Avec une absurdité pleine de narcissisme, il s’est plu à devenir le chef de file d’une nouvelle ligne de pensée qui tente de récupérer une hiérarchisation des normes déjà établie dans le monde. Ce choix sulfureux démontre combien la guerre idéologique  se trouve présente des deux cotés. Donc la pollution mentale  est très active dans des deux cotés pour une mission de colonisation outrancière. Retour au Darwinisme ou seul le plus fort gagnera ! Cette obsession de la conquête idéologique va amorcer une lutte obscène menée avec un zèle sans précèdent.

 

Cette régression morale est liée à une crise identitaire double. La première est liée a l’état d’une société sans repère véritable ou les valeurs de référence symboliques qu’elles soient culturelles ou morales ont été obstruées par la vitesse galopante du changement, un changement abrupt  et soudain du monde. On est en présence de l’existence de sociétés qui sont dépassées par la valeur productive humaine et une croissance urbaine galopante. La deuxième régression est l’incapacité des politiciens  a recadrer le contexte de développement humain. La mobilité sociale est en panne. Les citoyens sont fatigués  de coupures drastiques  budgétaires. Ils se posent la question de la légitimité d’un tel procédé. Cela conduit a l’aboutissement d’une société parallèle ou on constate l’apparition d’une forte marginalisation sociale ou les exclus sociaux deviennent réfractaire a toute forme d’obédience morale. Au diable la moralité de bas étage car ils vivent dans un monde diffèrent. Un phénomène de ghettoïsation ! La fracture sociale est profonde, la déchirure morale est réelle. On est confortable dans un monde sans complaisance ou l’on subit d’abord les mécontentements de la  civilisation. Une civilisation jugée elle-même caduque sans véritable direction.  Entre l’inconfort et le mal confort, l’illégalité morale devient reine. La notion de jouissance devient une affaire personnelle. Le système de représentation collective est bafouée et rejetée  au nom de la réalité concrète si dangereuse et gênante. . La déception est de mise car l’espoir du bonheur est atroce. Les lendemains ne sont pas jouissifs ni gais mais plutôt rétrogrades. On découvre une réalité macabre ou la poursuite de l’intérêt de soi prévaut sur toute autre initiative car la réussite, il n’y a que cela de vrai. L’individualité  s’accroit a tout bout de champ. Une vérité si saugrenue que l’on cherche a s’accrocher a un idéal rétracteur que certains aimeraient appeler la religion.

 

 La religion sert de refuge. Certains comprennent l’enjeu de la sacralité  religieuse mieux que personne. En effet, en devenant radical, on trouve la gloire et le respect de l’autre. On inflige la peur à une entité collective qui ne sait plus sur quel pied danser. On se protège en adoptant une forme d’adoubement moral. Cela représente comme un serment d’allegiance morale à un homme qui donne une alternative a l’absurdité de la vie. Où est l’éthique de responsabilité ? Cette alternative serait bien une nouvelle forme d’anarchie religieuse dont la seule préoccupation est l’érection d’un mécanisme destructeur et déstructurant. Cette destruction commence par la remise en question de soi. On espère aboutir à une rédemption de soi. On pense y trouver le chemin de la verite, une vérité toute nue dont l’outil principal est un pouvoir de persuasion servi a une caste d’hommes assoiffés d’idéal moral. Cet idéal moral se construit dans un espace réduit et même parfois secret car ces hommes se transforment en missi dominici, missionnaire non du roi, mais de Dieu tout court. Leurs actes comporteraient une verve de zèle moulu à une vision populiste d’une mentalité bestiale de tuer. On tue pour régler et résorber un conflit d’harmonisation. La psychologie sociale individuelle est prise an charge par les gardiens du temple au nom d’un dogmatisme actif. Il y a un processus d’autojustification qui est, en fait, une sève nourricière à toute transformation radicale. Cette radicalité excessive de l’esprit trouve son nid dans la frustration. La frustration d’une absence d’un bonheur matériel. On célèbre la religion comme la vertu de la vérité alors que l’on aime jouir du pouvoir matériel. Ce pouvoir matériel serait en conflit direct avec  la sobriété préconisée par la religion. L’altruisme devient une vertu apparente qui pousse à l’éclosion d’une solidarité organique. Le bonheur de soi, ne tant que tel  célébré  dans la philosophie néolibérale devient l’ennemi.

 

Il est clair que religion et économie ne font pas bon ménage. Il y a une sorte d’antagonisme qui rejaillit quand à la difficulté de faire un choix rationnel. Une rationalité non guidée  par un instinct purement naturel, mais plutôt gouverné par une raison conçue. La conception de  la raison devient un élément transformatif. Une transformation qui se nourrit du texte religieux et de la conversion morale a une théorie de conspiration basée sur des ratés  idéologiques notamment la notion de bonheur. L’appréhension de la réalité ne pousse pas à sa compréhension tout courte. On verse dans l’irrédentisme religieux avec une fougue féroce avec un souci de restaurer la vérité. Cette vérité est soumise à une subjectivité mesurable par le désir de  servir une cause noble. L’inconnu réside dans  l’ignorance du texte et de sa portée  morale. Un complexe dilemme livré  a des esprits véreux, qui se veulent gardiens de la moralité. Une moralité travestie par leur désir d’être connu et reconnu. Ils ont une fonctionnalité incompétente face au message car ils n’ont pas tous les élément d’appréciation par rapport à la connaissance de la religion différente du savoir. Le savoir est un regard approfondi sur la question étudiée  avec des arguments rationnels  incisifs. Si la religion sert de baromètre de vie, comment peut elle être une entrave a l’émancipation de l’individu ?

 

Il y a une individualité heureuse construite sur une forme d’historicité agissante car l’individu augmente son pouvoir d’action, car penser c’est entreprendre. L’entreprise de construction morale est comme guidée par un esprit adultérin. L’adultère moral est surtout dans la confection mentale d’une sorte de fabrique idéologique dont l’essentiel réside dans la violence verbale et physique. On est en face au désarroi collectif  explique par une société bloquée  face à des essors négatifs dont l’aspect plus concret est la faiblesse de l’économie. L’improbabilité de la vie pousse à la recherche d’un sanctuaire, d’une forteresse ou l’on peut se conforter et se nourrir car l’individu se trouve piégée  dans une spirale idéologique infernale. Le caractère malicieux est la propension récurrente à ne pas savoir comment résorber un conflit doublement difficile. D’abord, il y a un mécanisme d’internalisation qui amene une certaine configuration mentale crée par une perception non rationnelle. Cette perception est plutôt sentimentale. Ensuite, l’extériorisation de ce sentiment devient soumise à une influence extérieure. Il y a une véritable dualité conflictuelle sans réel aboutissement sinon la haine de l’incertain. Cette incertitude pousse a un choix machiavélique basé sur la redondance idéologique de l’atrocité de la vie.

 

Finalement, le monde se trouve déchiré  face a un double pari : le pari de la modernité d’une part et le pari du conservatisme religieux d’autre part. Cette modernité truffée  de consumérisme radical au nom de la jouissance extrême nous amene un hédonisme sans fin ultime. Cette consécration de soi au nom de la liberté individuelle est en concordance avec la vertu du néolibéralisme. Cette vertu se pose comme rempart moral a l’avènement d’un bonheur social. La notion de bonheur est source d’aliénation car les inégalités sociales sont monnaie courante face à l’impuissance des systèmes socio-économiques mis en œuvres par les politiques. La valeur quantitative du bonheur est plutôt une ferme idée d’une ivresse corporelle et morale non limitée. Il y a une guerre culturelle et idéologique qui s’opère. Elle est aussi économique entre les riches et les pauvres. La paupérisation sociale  devient une norme qui n’affranchit pas le pauvre. Le pauvre vit entre le provisoire et le précaire dans un régime indéfini du monde. Une indéfinition qui pousse au désir de s’accrocher a la religion qui est devenu un moyen de salvation contre une anxiété existentielle. L’existentialisme qui symbolise cette bataille entre l’affirmation de l’en soi et la négation du pour en soi or vice versa.  Comment un pont de ralliement pourra être trouvé dans une optique progressive ? Nous avons aujourd’hui une opposition factuelle entre ceux qui veulent la modernité et ceux qui la détestent. L’aberration de la vie conduit a son absurdité, une absurdité  sourde aux frustrations des uns et des autres. Il y a ce caractère inéluctable de l’historicité des évènements. Ces évènements sont faits pour être vécus dans une logique réelle d’affirmation d’une réalité, peut-être opaque, tendancieuse, corrompue parfois. L’utilité d’une projection mentale de soi dans le concert sociétal et mondain devient comme une nécessitée. L’intelligence de comprendre le monde est un défi nouveau  auquel nous devons tous faire face. La crudité de la vie n’est pas toujours une valeur de bon aloi, au contraire, la déception semble être vaine, sans ressources, ni retour. Le chemin du futur est plus que incertain, il est obscur parsemé d’obstacles peut-être insurmontable pour certains. Cette  incertitude dans la certitude, cette discontinuité dans la continuité devraient nous pousser a essayer non pas d’enfreindre les règles structurelles de pensée objective, mais plutôt de trouver des règles imaginatives et créatives de progrès humain. L’aliénation est devenue comme un fait grandissant face à ce régime vital de survie entre l’ambiguïté et l’ambivalence.

Ousmane Toure

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