Le Wahhabisme Dans Son Essence Originelle.

«  Il n’y a pas de révolution sans destruction profonde et passionnée, destruction salvatrice et féconde  parce que  précisément d’elle, et seulement par elle, se créent et s’enfantent des mondes nouveaux » Bakounine (Etatisme et Anarchie, 1873)

Mohamed ben Abel  Wahab, fondateur du Wahhabisme, est ne en 1703, Il est fils  d’un juge  à Uyaynah, un village de la région de  Najd. C’est une région située  dans les plateaux. Une région connue pour son aridité et surtout inconnue du monde jusqu'à l’établissement de Ryad comme la capitale de l’Arabie saoudite. L’homme n’a pas eu une sorte de vie pleine étant jeune. Il avait déjà un ton radical que son père, de même que son frère ont perçu très tôt. Ils ont averti les gens de la passion invétérée de l’homme. Son frère a eu à écrire un livre sur lui intitulée «  Tonnerre Divin ». Ben Wahab avait eu comme préoccupation première d’être un marchand en faisant du commerce. Cependant, ils n’avaient guère d’atout particulier pour mener à bien une telle mission. Il se mit a flâner en allant ici et la de Basra, a Baghdâd, en passant par le Kurdistan, Iran, l’inde. Durant ses pérégrinations, Il va rencontrer des anglais qui vont susciter un esprit critique chez lui notamment la façon dont islam en tant que religion est enseignée. Aussi, il a partagé  un objectif commun avec ces anglais, la destruction de l’empire Ottoman. De retour à Najd, l’homme revient rempli d’idées et avec une forte ferveur. Il ramene aussi des esclaves noirs  en 1737-40 qui vont lui servir de gardes du corps. Il lance un appel a tous les musulmans du monde a se joindre a lui pour restaurer l’islam dans son état original comme cela se passait du temps du prophète Mohammed (psl). Il sent investi d’une mission de vérité, une vérité inéluctable. Il se sent détenteur d’une certaine vérité qui démontre les premiers pas vers un narcissisme exubérant.  Il écrit même un livre appelé le « livre du monothéisme ». A l’époque, il y avait depuis sa naissance une primauté de l’empire Ottoman. L’empire avait essuyé un revers  in 1683 contre les chrétiens à la bataille de Vienne.  Il faut souligner que les deux autres religions révélées traversaient une certaine crise identitaire basée sur un dualisme exacerbé  entre les réformistes et les conservateurs.

 

L’essence de la théorie wahabienne repose sur trois axes fondamentaux. Ibn Ben  - Abdel Wahab avait réussi à asseoir un système de pensée religieuse voulue et soutenue pas ses propres convictions. Une vérité évidente a ses yeux de la probité de son action. La première conception est que le rituel serait supérieur aux intentions. La deuxième conception est l’interdiction d’une révérence aux morts. La troisième idée est celle de l’interdiction de la prière d’intercession en passant par les saints ou le prophète. Malgré une tradition poussée qui encourage l’utilisation de saints ou du prophète pour élargir le champ de piétée grâce a une formulation,  il pense que cela est une forme d’idolâtrie alors qu’ il donne a Dieu une forme humaine, ce qui est une hérésie en Islam. On peut saluer le courage dogmatique de l’homme a entreprendre son train de reforme dans une logique très hermétique et totalitaire. Ainsi, ceux qui ne prient pas  l’heure sont considérés comme mécréants quelque soit l’issue et les circonstances, une position absente  de l’islam traditionnel. Il pousse l’argument plus loin jusqu'à  changer les positions corporelles et la  pratique des prières surérogatoires. C'est le début d’une révolution en profondeur. Le comble du narcissisme était de lui faire serment d’allégeance car il se sentait investi d’une mission divine alors que les musulmans attestent du prophète et du fait qu’il soit le messager de Dieu. La profession de foi, chahada, indiscutable est devenu un point d’ancrage idéologique. L’autre facteur prépondérant est la condamnation de prières en faveur du prophète  de même que les récitations liées à la grandeur de l’homme. Tout ce qui est a fortiori produit d’une tradition ou culture arabe légitimée par la religion en tant que coutumes « praeter legem » qui tirent autorité de la loi religieuse sont condamnées. Donc on est en présence d’un formidable interdit religieux. Toute prière en faveur du prophète fut interdite de même que toute évocation de son nom, L’homme dans sa complexité didactique et dialectique se sent imbu d’une légitimité charismatique qui ne dit pas nom. La jouissance d’un prestige de la vérité programmée   au service d’un nombrilisme proéminent fait surface. L’instauration progressive d’une base conceptuelle religieuse le pousse à implémenter les résidus d’une rigidité cognitive.

 

Cette rigidité cognitive nourrie par un fond moral extrémiste  devient le socle d’une idéologie rampante, non vaine, mais vulgaire. L’heure est venue d’entériner les choses avec une poigne de fer. L’attaque frontale se mesure à la haine que cet homme voue  au prophète Mohamed (psl). Il tue un homme aveugle, qui après son sermon a insisté  de prier sur le prophète. Ben Wahab avait une haine irascible pour la gloire du prophète car étant le leader légitime de  toute une génération. Cette pratique de prier sur, pour le prophète et de l’invoquer a été reconnue par les quatre principales écoles légales de l’islam. Son action va aller plus loin puisque, il interdit d’aller prier sur la tombe du prophète et de célébrer sa naissance a l’occasion du mouloud.  L’inscription du nom du prophète est aussi vue comme une abomination. La perfidie de Wahab le poussera à avancer l’argument selon lequel la référence au prophète est « shirK », en gros associer Mohamed à Allah. Il insinue que cela a été l’erreur fondamentale de certains chrétiens de comparer Jésus à Dieu. Ainsi, il va, de même que ces partisans opérer une campagne de dépréciation du prophète.  Son plus grand fantasme  est celui de dire que il vit près de Sirah donc il est égal au prophète. Un néologisme naïf et affreux. Il amputera la personnalité du prophète de certaines qualités comme la compassion et le pardon car ce sont des qualités vaines par rapport à ses normes de définition morale. Il est évident que l’homme avec sa complexité et son esprit de négation  très raffinée sera rejeté par les oulémas, ainsi que son frère et son père. Son frère, un fervent opposant a ses thèses  violentes parfois saugrenues, affirme qu’il cherche  a établir le sixième pilier de l’Islam : l’infaillibilité de Ibn Abd al-Wahab lui-même. Il y a une sorte de volupté violente dans les propos de l’homme.

 

Cette ivresse morale de l’oppression brutalisée  atteint un point culminant. Il abandonne les quatre écoles de l’islam et crée l’école hanbali. Il dénonce ses opposants  et les musulmans hostiles. Il les qualifie d’apostasies et de mécréants. Il y a eu ce témoignage terrible de  Al-Zahawi qui affirme que Wahab ne cache pas  que tous les musulmans infidèles doivent être tués,  leurs femmes et leurs filles violées  et leurs possessions confisquées. Le contraste majeur réside dans l’association de musulmans et infidèles. La tolérance n’est pas la vertu première de cet homme. Il ordonne la destruction de tombes d’hommes saints, d’ouvrir ces tombes et de les bruler car selon lui le polythéisme semble être la caractéristique principale de l’islam. Son aversion est multiple pour les shiites, les sufis. Il  aimerait humilier les autres religions. Il a aussi une horreur pur les chants religieux et la musique. La destruction quasi systématique de livres de référence islamique. En somme, toute chose ou facteur qui rappelle une certaine vision de l’islam doit être détruite. Une violence morale et physique s’installe au grand bonheur de ses suiveurs. Cet homme n’a il pas l’obsession de sa personne ? Il s’est accordée  une tacite légitimité charismatique avec comme objectif principal la reforme de l’islam selon sa conception. Il veut développer un esprit puritain islamique. Quel puritanisme ?

 

Il est de bon ton de savoir la contrée géographique de cet homme. Une localité géographique marque  par un climat  sec, long et douloureux. Une chaleur étouffante. Les habitants de la ville de Najd en voulaient au prophète. On rapporte que dans un hadith le prophète eut des mots durs et crus pour les habitant de najd car selon lui de cette contrée sortiront que des tremblements de terre, des conflits  et des cornes de satan. En voilà, une raison supplémentaire de diaboliser le messager de Dieu. Malgré cette envie de déraison calculée bien chère a Wahab, nous savons que de cette contrée ne sortit pas un quelconque théologien musulman digne de ce nom. L’héritage moral est une forme fanatique de pietee  et une adhérence rigoureuse a sa vision de l’islam. Le pouvoir d’interprétation est par conséquent banni parmi ces fidèles. Une soumission aveugle supportée par une volonté de subordination sans faille. Devant un carcan idéologique trop lourd a porter et une hostilité grandissante, il se refugie dans le village de Dariyah ou règne un certain Mohamed ibn Sa’ud. La rencontre des deux hommes va sceller le pacte de mariage inter familial qui va donner une monarchie très jalouse de son pouvoir et très éprise de son influence. La plus grande idée totalitaire qui lui vint a l’esprit est celui de déclarer la guerre, jihad, aux musulmans  qui ne pensent pas et n’agissent pas comme  ses partisans et lui. Aussi,  la famille Sa’ud est connue pour pratiquer le banditisme de grand chemin. Malgré leur conversion a la religion musulmane. Leur fusion avec Ibn  Wahab est motivée par un control religieux  et politique,  associé avec un système dans lequel  l’état et la foi sont tenus comme une affaire de famille, donc une affaire morale dans toute la dimension mythique du mot. Il y a un poids idéologique très lourd proche de l’impact idéologique orchestré par un Hitler ou un Staline au sommet de leur gloire.

 

En effet, il y avait une quête constante d’une gloire militaire grâce à un rêve d’expansionnisme qui se voulait militaire avant tout. Le Wahhabisme est avant tout un esprit martial en marche ! Détruire tout sur son chemin est la principale conviction de ces hommes bourrus de passion folle. L’exemple le plus patent est la campagne de Ta’if. Les  chiites sont connus aussi pour être de grands commerçants. Ils se font attaquer par ces hommes jaloux de leur succès économique.  Wahab et ses compagnons avaient une haine profonde pour les chiites. Ils étaient obsédés par Mohamed Ali Pesha, un albanais, gouverneur d’Egypte. Tout entité représentant l’empire Ottoman turc sera attaque et détruit. A  Ta’if, les wahhabites au nombre de 10,000 encerclent la ville. Les habitants décident de se rendre après négociations. Rien n’y fit, ils tuèrent femmes, enfants. Ils détruisent aussi tous les écoles, les mosquées, les tombes des hommes saints. La plus grande œuvre du wahhabisme est l’attaque systématique a des innocentes  personnes qui ne sont pas soumises a la volonté du maitre assoiffe de sang musulman. Il n’est pas étonnant que douze des quinze terroristes du onze septembre viennent de Ta’if et Asir. Les Wahhabites et les  Sa’ud furent expulses en 1891 de l’Arabie saoudite par la dynastie Rashid.  Ils vont s’installer au Koweït avec une bonne bienveillance anglaise très intéressée par la mentalité bestiale de ces hommes. En 1901, après des années de traversée du désert et de subversion, Abdul Aziz Ibn Abdul –Rahman Ibn Mohamed Al Sa’ud age alors de 21 ans partit du Koweït pour Ryad ou il tua le chef de la ville et prit control de la ville. Cela va permettre l’éclosion d’une nouvelle dynastie qui va établir  la  fondation de ce qui sera plus tard l’Arabie saoudite la monarchie royale la plus obscure et controversée au vingtième siècle.

 

Finalement, l’obstruction morale est constante dans le Wahhabisme comme courant de pensée religieuse. Ben Wahab avait le souci de l’histoire et d’anticiper la propagation d’une nouvelle religion qui souffrait  de direction uniforme. Il y avait un besoin d’harmonisation. Cependant, il y avait aussi un homme qui avait un plan politique de destruction. D’abord une autodestruction en  rejetant les principes de base de l’islam et en brandissant le drapeau de l’authenticité. Une nouvelle forme d’authenticité au service d’un ego proéminent qui allait l’aider à se définir comme le nouveau messie. Il s’est approprié des droits de façon implicite et a perverti le texte pour servir sa propre cause. Se donner une légitimité charismatique était une priorité réelle face a la précipitation dangereuse de cet homme. Son obsession frise l’obscénité morale, la grossièreté idéologique de son propos est décapant. Un homme qui n ‘a pas hésiter a se hisser au niveau du prophète  lui-même choisi par Allah alors que Ben Wahab s’est choisi lui-même. Un homme dont le frère a dit qu’il était prêt a créer  le sixième pilier de l’islam. Il avait une foi inébranlable à son œuvre qui est marquée par un totalitarisme agissant fort et rébarbatif. La violence qui gangrene son œuvre nous montre que le Wahhabisme est le clairon de l’idéologie dogmatique dont le propos est de détruire. L’aspect le plus fondamental car aujourd’hui le wahhabisme est très prise par les terroristes, est ce pouvoir de persuasion sur le fait religieux. Cette habilité à dissocier le sacré du profane lui donne un pouvoir incommensurable. Comme un hégélien, Ben Wahab a cru a la fin de l’histoire et ceux qui le suivent continuent d’y croire. Le Wahhabisme est une forme de nihilisme religieux basé sur un pouvoir d’interprétation au départ occulté par un intérêt personnel. L’absence d’altruisme, valeur foncière de la Ummah montre combien la perversion est morale. L’on passe d’une inadéquation de soi a une adéquation de soi pour créer un sentiment sécuritaire nourri sur  et  par la vengeance, une vengeance privée sur la société, une société dont on ne sent pas apparaître mais plutôt marginalisé. La problématique réside dans l’absence  d’acceptation consensuelle sur les  sources authentiques de l’islam : le coran et la sunna. Il y a une urgente nécessitée à réconcilier le rapport parole-écriture et surtout la science du texte, le texte lui-même et le libre examen. Cela permettra d’éviter voir rejaillir cette orthodoxie radicale fruit de la création humain et sans véritable lien avec le texte lui-même, comme quoi entre l’allégorie et la métaphore il y a un long chemin a parcourir.

Ousmane Touré

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