La situation du Mali a révélé la carence de la CEDEAO et de l’UA et a mis à nu l’incapacité de nos chefs d’Etat, à assumer leurs responsabilités le moment venu.

Il faut oser le dire et ne pas se voiler la face, la CEDEAO et  l’Union Africaine ont montré leur carence criarde une fois de plus dans cette affaire du Mali, en étant incapables en tant qu’organisation continentale de parvenir à une solution consensuelle durable en direction du peuple malien agressé. Voici près d’un an, que le Mali, pays membre de l’UA, est confronté à une rébellion dans sa partie Nord, un danger réel qui concerne en fait toute la sous-région de l’Afrique de l’ouest et globalement le continent. Mais depuis lors, la CEDEAO et  l’UA ne font que marquer le pas, au moment où la situation s’empirait chaque jour et que les rebelles progressaient peu à peu vers Bamako. Objectivement, l’attitude de la CEDEAO et de l’UA ne diffère en rien, avec celle de simples spectateurs non concernés. Depuis des mois, les dirigeants de nos pays respectifs, ne font que palabrer, toujours palabrer et encore palabrer, sans rien entreprendre de concret sur le terrain. C’est vraiment un comportement lamentable qui n’honore pas nos chefs d’Etat, en tant que dirigeants, mais également offre une image peu glorieuse aux peuples du continent africain.

Les chefs d’Etat du continent, par leur attitude attentiste et hésitante, ont montré dans cette affaire, une facette peu honorable et peu rassurante à l’égard de leurs peuples qu’ils dirigent. Devant une situation aussi grave, avec ses conséquences et risques éventuels de propagation dans la sous-région, qu’ils observent une telle attitude, cache à n’en pas douter des raisons obscures non avouées, que, absolument rien de valable ne pourrait justifier. Qui plus est, par leur inconséquence inacceptable ils ont inconsciemment permis  à la France, de montrer au peuple malien et par extension aux autres peuples africains, que nos dirigeants sont des incapables ou alors, que la sécurité de leurs peuples ne les préoccupait pas du tout. Sinon comment comprendre, que des dirigeants d’Etats indépendants et souverains soi-disant, regroupés au sein d’une organisation continentale (UA) qui est régie par un Pacte de non-agression et de défense commune, tergiversent et palabrent à longueur de mois, devant un cas bien visé et prévu par le Pacte, en son article Premier, alinéa b). Et il s’y ajoute, qu’ils sont encore parfaitement investis de la légalité de l’Acte constitutif de l’Union africaine et la Charte des Nations Unies. Malgré tout, ils n’ont pas été jusqu’ici en mesure de décider et de trouver dans les meilleurs délais, la solution radicale qui s’imposait contre cette rébellion, qui prenait tout à fait de l’assurance chaque jour, faute de rencontrer dans sa progression une résistance significative à sa mesure et face aussi, à des chefs d’Etat pas du tout à la hauteur de leurs responsabilités.

Aujourd’hui, sans s’en rendre compte, Ils sont devenus ridicules devant la France. Car, l’ancienne puissance coloniale, la France, a pris sa revanche sur ses anciennes colonies, en accomplissant à leur place, l’acte qu’ils auraient dû prendre, ou le devoir qu’ils auraient dû personnellement assumer, depuis belle lurette pour défendre le peuple malien. Il faut tout de même appeler les choses par leur propre nom, par devoir de vérité et d’honnêteté. Pour la petite histoire, la France a pratiquement suppléé nos chefs d’Etats, la CEDEAO et l’UA à la fois, qui dans le cas d’espèce, ressemblent plutôt à des tigres en papier ou colosses  aux pieds d’argile. C’est triste de le dire, mais cela la réalité et il faut avoir l’humilité et le courage de le reconnaître. Mais qui parmi eux, va oser demain bomber le torse devant la France pour exiger encore un traitement d’égal à égal, après ce qui s’est passé au Mali ?

Le comble par ailleurs, c’est le cas aussi de nos armées nationales, qui semblent avoir du plomb dans l’aile, car, elles ont vraiment perdu leur grade dans cette affaire du Mali. Elles ont peut-être l’excuse, et encore, d’être sous les ordres des politiques, à telle enseigne qu’elles n’ont pas toute la latitude de décider par elles-mêmes, ce qu’il y a lieu de faire, sans avoir reçu l’ordre des chefs d’Etat qui, généralement sont en même temps, chefs des armées. Mais en vérité et quoi qu’il en soit, il faut aussi l’avouer, nous avons en Afrique ou dans le continent des armées d’un autre genre, dans lesquelles, pullulent beaucoup de hauts gradés, notamment des généraux, à ne rien faire, si ce n’est gagner beaucoup d’argent et s’embourgeoiser, ce qui rompt totalement avec l’esprit et la qualité des anciens militaires, dont les grades étaient acquis de haute lutte. Et, ils ne permettaient à personne de souiller leur honneur militaire, surtout encore par des bandes armées. Au demeurant, voici  des armées, qui n’ont jamais gagné une guerre ou même simplement, vaincu une rébellion dans leur pays. La preuve, à chaque  fois qu’un sergent, lieutenant ou capitaine téméraire décidait de faire un coup d’Etat, il le réussissait souvent, malgré la présence d’un parterre d’officiers supérieurs tels que :  les commandants, colonels et généraux, ceux-là qui ne sont finalement devenus que des figurines ou figurants. Ainsi, paradoxalement, ces officiers supérieurs se retrouvent sous les ordres de leurs  anciens subalternes, sans même broncher.  C’est complètement renversant !

Nous avons vu ces jours-ci, le peuple malien accueillir en triomphe et dans l’allégresse, l’armée française, comme leur sauveur et libérateur,  pour avoir agi promptement et comblé la défaillance de l’armée nationale malienne d’abord, et ensuite de celles africaines en instance de…. Dans d’autres circonstances, cette intervention de la France aurait été qualifiée d’une reconquête coloniale ni plus ni moins, mais personne aujourd’hui  n’ose le dire et surtout, pas ceux-là qui ont failli sur toute la ligne. Dans tout cela, où se trouvait l’armée malienne pendant tout ce temps et à quoi elle était occupée ? Alors logiquement, quand une armée véritablement nationale, n’est pas en mesure de protéger les frontières, de sécuriser les populations et de défendre l’intégrité du territoire national, à quoi elle sert fondamentalement pour le pays ? Quand on observe le capitaine Sanogo faire son show et se mettre à réclamer le statut de chef d’Etat, alors qu’il devait se trouver en ce moment au front pour défendre la patrie, comme le lui dicte l’honneur militaire. Evidemment, avec  une catégorie de tels militaires et de telles armées, il est sûr et certain que nos frontières resteront pour longtemps  encore perméables,  passoires et violables par des rebelles de tout acabit. Il faut même craindre que demain, une recolonisation pure et simple ne soit pas envisagée par une grande puissance quelconque, compte tenu de la vulnérabilité et de l’impuissance de nos armées. Qui sait ?

Par la présente attitude des Chefs d’Etat de l’UA, je suis davantage convaincu aujourd’hui plus qu’hier, que l’UA est de manière informelle un syndicat de chefs d’Etat, qui ne sert qu’à les renforcer dans leur position de pouvoir et non à servir véritablement leurs peuples, en se préoccupant sérieusement de leur sort dans tous les domaines.

L’on comprend parfaitement à présent, pourquoi  chacun d’eux soigne-t-il au mieux ses rapports avec la France et évite autant que possible de se fâcher avec elle, car, elle demeure encore jusque-là, la puissance protectrice des pouvoirs en place, en cas de menace grave contre leur régime.  Voilà ce qui traduit et justifie, que la plupart de nos chefs d’Etat sont bien des tigres en papier ou des colosses aux pieds d’argile. La preuve irréfutable de cet état de fait, se vérifie et est attesté par le fait, qu’aucun d’entre eux n’est capable de résister à la plus petite rébellion dans leur pays respectif, à plus forte raison, de venir à bout d’elle, quand elle se déclare chez eux.  Et dans la plupart des cas, si la France ne vole pas rapidement à leur secours, soit, ils capitulent, comme Mobutu dans l’ex Zaïre, soit alors, ils acceptent de négocier à leur défaveur avec les rebelles, en étant tout disposés à partager le pouvoir, comme François Bozizé en Centrafrique et ailleurs, au risque de le perdre  totalement.

A la différence de la Communauté de l’Union européenne, au sein de laquelle la solidarité est réelle  et agissante, et ses règles arrêtées, sont obligatoirement applicables à tous, dans l’intérêt général de l’Union, par contre à l’Union africaine, là, chacun choisit ce qui lui plait et l’arrange dans le paquet de règles ou de mesures arrêtées de l’union ; comme si nul n’était obligé de respecter ce qui est arrêté d’un commun et signé par chaque membre. Dans l’UA comme la CEDEAO, la règle générale semble être l’intérêt personnel de chaque chef d’Etat, qui passe avant l’intérêt général de la Communauté. Et la solidarité qui doit sous-tendre absolument  l’existence de toute communauté, est substituée par l’individualisme et l’égoïsme de dirigeants qui manquent de vertu et de générosité. Le verbiage et discours de façade pour magnifier l’Unité africaine, ne sont que de la démagogie et manquent totalement de sincérité de la part de leurs auteurs. Dès lors, rien venant d’eux ne peut plus nous étonner. Surtout, si l’on se rappelle que l’UA est née des cendres de l’OUA, qui avait lamentablement échoué dans sa mission  d’unir l’Afrique pendant 39 ans.  L’UA a malheureusement hérité toutes les  tares de l’OUA. Par conséquent, elle est née infirme donc, congénitalement handicapée, par d’une part, un esprit d’hégémonisme de certains de ses membres qui pensent être nés pour diriger et d’autre part, une absence totale de solidarité agissante entre ses membres. Voici en effet 11 ans, que l’UA essaye de se tenir debout sur ses jambes, mais n’y arrive pas ; et ses membres, qui plus est, ne sont non plus capables de parvenir depuis lors, à une entente globale une bonne fois pour toute sur une forme ou formule d’unité viable, au profit et dans l’intérêt général des peuples d’Afrique.

Il faut même dire, que ce cas de figure était prévu et attendu dans une certaine mesure par certains milieux bien informés. Et ils n’ont fait que le confirmer, en affichant encore à cette occasion de la situation du Mali, cette face hideuse de  mésentente chronique qui caractérise les dirigeants de notre continent. Ils se sont toujours singularisés par des tiraillements à n’en plus finir, avec leur esprit rotors, qui fait que chacun d’eux voudrait être chef, et à défaut, demeurait alors dans son micro-Etat, comme un potentat inamovible. C’est vraiment triste et lamentable, de constater que nos chefs d’Etat symbolisent l’égoïsme! Il est évident maintenant pour beaucoup d’entre nous, que le manque de sincérité, de solidarité agissante et de volonté politique affirmée pour aller vers  une Union africaine solide et véritable à tous égards, est manifeste et se vérifie sur le terrain. Voilà pourquoi, nous ne devons pas rêver ou nous faire des illusions avec un optimisme béat pour l’avenir de l’UA. Nos chefs d’Etat actuels, dans leur comportement quotidien, nous éloignent chaque jour davantage de cette unité africaine dont nous rêvons tant. La situation du Mali, est assurément, une parfaite démonstration illustrative, que notre continent, par ses dirigeants, n’est pas en mesure de se prendre en charge et de régler à lui tout seul, ses problèmes de souveraineté et d’indépendance incontestables. C’est dommage !

Mandiaye Gaye

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